Au théâtre Toursky, un artiste Hors les Murs ( Hors-cadre, hors-normes, ordures, hors-tout,  en OR...)

POLART  CRI  / Atelier d'Artiste

Au théâtre Toursky, un artiste Hors les Murs ( Hors-cadre, hors-normes, ordures, hors-tout,  en OR...)


Poésie-Vidéo / Valéra-Polart 2007

Lit était mon berceau. Poême de Jean Claude Valéra , montage de Christophe Polart. 2007

Lit était mon berceau,
Et pâle la lumière,
Versée par le soleil,
Sur la petite rue,
Dont les murs sombres étaient,
Le jardin dont ne rêvent,
Que ceux dont le regard,
S’est ouvert dans la nuit.

 

Morne était la maison,
Et épuisée la mère,
A peine délivrée,
De son petit garçon,
Dans le vieux bâtiment,
Où amour et colère,
Pouvaient se conjuguer,
Par n’importe quel temps.

 

Hôtel Dieu et maison,
Se tenaient face à face,
Juste assez séparés,
Pour que puisse passer,
Un petit filet d’or,
Dans la triste ruelle,
Où allaient s’écouler,
Mes premières années.

 

Montée du Saint-Esprit,
Etait ce un privilège,
D’avoir en cet endroit,
Posé mes premiers pas,
Longtemps je l’ai pensé,
Car l’enfer et ses pièges,
Surent me faire croire,
Que le ciel était là.

 

Entre de vieux pavés,
J’ai trouvé des richesses,
Ramassé des bonheurs,
Comme on cueille des fleurs,
Plus tard y couleront,
Les pleurs de la misère,
Et le poison cruel,

De l’ inégalité.

 

Enfant je fus heureux,
Tout paraissait sourire,
La rue était à tous,
Et tous ne faisions qu’un,
Ivres de liberté,
Ne sachant rien des crimes,
Qui avaient recouvert,
De sang le temps passé.
.
Gosses d’un vieux quartier,
Murés dans un abîme,
Ignorant tout de ce,
Qui était au-delà,
Vivions des jours joyeux,
Dans un monde hostile,
Où Culture et Savoir,
Ne s’aventuraient pas.

 

Dans les eaux du vieux port,
S’espéraient nos vacances,
Sur ces quais où Pagnol,
A su faire écouter,
Cet accent marseillais,
Pareil à aucun autre,
Ces oiseaux qui chantaient,
Mais ne pouvaient voler.

 

Un bonheur enfermé,
Dans une sombre cage,
Où le soleil géné,
N’osait pas trop briller,
Suffisait aux gamins,
Et à ceux d’un autre âge,
Pour qui le vieux quartier,
Etait l’immensité.

 

Aucun chemin traçé,

Pour atteindre la rive,
Où vivait une vie,
Qu’on ne connaissait pas,
Aucune main tendue,
Pour qu’à nos yeux arrive,
La clarté d’un soleil,
Qui ne nous brillait pas.

 

Pourtant chacun avait,
En lui une étincelle,
Qui deviendrait lumière,
Ou bien obscurité,
Sous l’effet du hasard,
Où d’une main céleste,
Capable de dévier,
Les destins les plus noirs.

 

Hasard ou destinée,
Un jour de mon enfance,
Je n’avais pas onze ans,
Et j’y pense souvent,
A détourné mes pas,
Des chemins de l’errance,
Et vers d’autres sentiers.
A tourné mon regard.

 

Ce jour là j’ai croisé,
Avec ses camarades,
Ce gamin oublié,
Depuis quelques années,
Ce tout premier copain,
Mon vieil ami d’enfance,
Celui à qui je dois,
Ce que je vais livrer.

 

Je fréquentais alors,
Des enfants de son âge,
Mes voisins de palier,
Mes frères du Panier,
Ces fruits du vieux quartier,
Ces gamins pas très sages,
Que la vie pourrissait,
Sous un soleil voilé.

 

Il remontait ma rue,
Je descendais la pente,
Qui aurait pu un jour,
Me faire basculer,
Là où tant de gamins,
Noirs souvenirs d’enfance,
Ont du faire le deuil,
D’un avenir volé.

 

Te souviens-tu Ami,
Nous étions face à face,
Dans ma petite rue,
Grise comme un brouillard,
Quand tu m’as demandé,
Si je voulais te suivre,
J’aurais pu refuser,
Mais il était trop tard.

 

L’instant qui a suivi,
M’ouvrit un autre monde,
De la rue à la rue,
Soudain je découvris,
Qu‘un petit rien pouvait,
Changer la vie d’un môme,
En dérivant le cours,
De ses jeunes années.

 

Sommet de mon quartier,
Point culminant du monde,
La place des moulins,
A très vite accepté,
Celui qui bien plus tard,
Après maintes batailles,
Aura pour seuls trophées,
Des moulins éventrés.

 

Mais avant d’avancer,
Plus loin dans mon histoire,
Je voudrais reculer,
Un peu dans mon passé,
Pour revivre l’instant,
Qui brisa mon enfance,
Alors que j’avais cru,
Qu’il me rendrait plus grand.

 

Quel affreux souvenir,
Ce retour de vacances,
Passées dans un manoir,
Abimé par le temps,
On le croyait hanté,
Par d’horribles fantômes,
Qui jamais se montraient,
Mais nous effrayaient tant.

 

L’arrivée au foyer,
Aurait dû être fête,
Ma grand- mère lavait,
Courbée contre l’évier,
Sereine, elle me dit,
Sans retourner la tête,
Ton papa est parti,
Il ne reviendra pas.

 

J’ai aussitôt pensé,
A ce conseil stupide,
Donné à des enfants,
Par des adultes sots,
Un homme ne pleure pas,
Il laisse çà aux filles,
C’est à lui que revient,
De guider le troupeau.

 

Du haut de mes huit ans,
J’ai pensé à ma mère,
Papa n’étant plus là,
Il ne restait que moi,
Ce tout petit soldat,
Aux illusions guerrières,
Ignorant qu’un vrai chef,
Ne s’improvise pas.

 

Dans l’instant qui suivit,
Je rendis ma sentence,
Tout comme un tribunal,
Qui juge sans savoir,
Je condamnais celui,
Qui n’était plus mon père,
Pour avoir préféré,
Liberté à devoir.

 

Saurai- je un jour pourquoi,
Ma jeune intolérance,
A vaincu ma douleur,
Et empêché mes pleurs,
A enfoui en moi,
L’amour et la souffrance,
Me livrant à un monde,
Où sans lui j’ai eu peur.

 

Enfant, si tu me lis,
Ne juge pas ton père,
Et si même son cœur,
Semble éloigné de toi,
Pense qu’il restera,
Ton modèle sur terre,
Le chemin sur lequel,
Ton amour le suivra.

 

Il m’a fallu longtemps,
Pour reprendre sa trace,
De nombreuses années,
Un long mûrissement,
Du temps pendant lequel,
De bonheurs en souffrances,
J’ai vogué sur la vie,
Comme une feuille au vent.

 

Les fils de mon destin,
Se tressaient en silence,
Et je m’y agrippais,
Après chaque faux pas,
Poussé par le désir,
Dont je n’avais conscience,
De devenir celui,
Qui habitait en moi.

 

Il fut long l’étranger,
A quitter la tanière,
Où la peur de la vie,
L’avait fait se cacher,
Effrayé, il voyait,
Cette part de lui- même,
Qui dehors vainement,
Essayait de lutter.

 

Réunir en un tout,
L’être et le mal être,
Etre maître de moi,
Et être mon seul maître,
Ne plus désespérer,
De reconnaître un jour,
L’étoile qui aurait,
Fait scintiller mes jours.

 

A l’instant où j’écris,
Ma jeunesse est lointaine,
Le garçon a grandi,
Et puis il a vieilli,
Des étoiles ont brillé,
Qui étaient trop lointaines,
Mais grâce à leur clarté,
J’ai évité la nuit.

 

Les chemins incertains,
Qui font de l’homme un homme,
Nous les parcourons tous,
Ils sont notre destin,
Aucun d’eux n’est tracé,
Pour ressembler aux autres,
C’est à toi que revient,
D’illuminer le tien.

 

A toi et aux hasards,
Faits pour te perdre en route,
Ou alors te montrer,
La voie ou sans nul doute,
Tu pourras découvrir,
Des vérités, pas toutes,
Car la Vérité vraie,
Est après notre route.

 

Hasard providentiel,
Ou hasard diabolique,
Comment est on choisi,
Par ces pouvoirs iniques,
Qui jouent avec nos vies,
Au pire et au meileur,
En laissant peu de part,
Aux souhaits de notre coeur.

 

Ce jour où j’ai revu,
Mon vieil ami d’enfance,
Je l’ai suivi là haut,
Sur la petite place,
On a joué au foot,
Ce fut ma délivrance,
Car ce sport m’a donné,
La clé de l’existence.

 

Avec d’autres il allait,
Déjà au patronnage,
Tout en bas de ma rue,
Mais fermé à la rue,
Un petit univers,
Où brillaient des étoiles,
Qui surent m’élever,
Du vice à la vertu.

 

Nous étions onze en tout,
Pour former une équipe,
Jouant sous les couleurs,
Du club « le Lacydon »,
Crée par cet abbé,
Un saint homme sans doute,
Qui nous fit pressentir,
L’or qui dormait en nous.

 

Pour mériter le droit,
De jouer le dimanche,
Nous passions nos loisirs,
De l’église au patro,
Où il nous apprenait,
La vie avec les autres,
Le respect des parents,
Et la crainte de Dieu.

 

Si Dieu est aujourd’hui,
Pour moi un grand problème,
Il fut pendant longtemps,
Ma loi et ma lumière,
Le frein de mes désirs,
Le soleil de mes peines,
Celui qui me disait,
Ce que je pouvais faire.

 

Parfois, parlant de Lui,
On disait Dieu le père,
Je n’imaginais pas,
A quel point c’était vrai,
Plus tard je comprendrai,
Que dieu était mon Père,
Et que privé de lui,
Mes soleils furent nuits.

 

Dépossédé du mal,
Je le voyais quand même,
Partout autour de moi,
Accablé du regret,
De n’avoir pu saisir,
Au sein de son domaine,
Une proie qui pourtant,
Lui semblait destinée.

 

Mais combien cependant,
N’ont pas pu se soustraire,
Au funeste festin,
Que le mal sait dresser,
Afin qu’ingénuement,
Ses victimes se pressent,
Croyant que c’est lui seul,
Qui saura les guider.

 

C’est armé de valeurs,
Mais démuni des forces,
Que donne un foyer,
Où règne l’harmonie,
Que je me hasardais,
Sur le champ de bataille,
Inapte à esquiver,
Les coups bas de la vie.

 

Trop courte est une vie,
Pour espérer atteindre,
Le point où le bonheur,
Approche l’infini,
Cet endroit de la vie,
Inaccessible aux rêves,
Ce jardin interdit
Appelé paradis.

 

Mais que pourrait on vivre,
En cet endroit de rêve,
Où l’excès de bonheur,
Deviendrait de l’ennui,
Où l’âme expulsée,
De son abri terrestre,
Aurait du temps passé,
L’amère nostalgie.

 

Je crois au paradis,
A celui de la terre,
Il appartient à l’homme,
D’apprendre à le créer,
En cultivant l’amour,
Et l’absence de haine,
En faisant du bon grain,
Le poison de l’ivraie.

 

A SUIVRE... J.C. VALERA